Constipation : causes, solutions rapides et durables

Partager cet article :
Sommaire

La constipation correspond Ă  une diminution de la frĂ©quence des selles, gĂ©nĂ©ralement moins de trois par semaine, souvent associĂ©e Ă  des selles dures et Ă  une Ă©vacuation difficile. Elle toucherait, selon les sources cliniques, entre 3 et 20 % des adultes en Europe, avec une prĂ©dominance fĂ©minine et une frĂ©quence qui augmente avec l’âge. La plupart du temps, il s’agit d’une gĂŞne passagère que des mesures simples permettent de soulager en quelques jours. Mais quand elle s’installe sur plusieurs semaines ou s’accompagne de signes inquiĂ©tants, elle mĂ©rite un avis mĂ©dical. Ce guide passe en revue les causes les plus frĂ©quentes, les solutions rapides qui ont fait leurs preuves et les habitudes Ă  installer pour retrouver un transit rĂ©gulier sur la durĂ©e.

L’essentiel Ă  retenir

  • On parle de constipation en dessous de trois selles par semaine, ou quand les selles sont trop dures et difficiles Ă  Ă©vacuer.
  • La grande majoritĂ© des cas se règle avec plus de fibres, plus d’eau et un peu d’activitĂ© physique.
  • Une constipation qui dure plus de 6 mois devient chronique et mĂ©rite un avis mĂ©dical.
  • Signes Ă  ne pas ignorer : sang dans les selles, amaigrissement, douleurs importantes, fièvre. Dans ce cas, consultez rapidement.

La constipation, c’est quoi exactement ?

La fréquence normale des selles

Aller Ă  la selle tous les jours n’est pas une règle universelle. Les gastro-entĂ©rologues considèrent qu’une frĂ©quence comprise entre trois selles par jour et trois selles par semaine reste dans la norme, dès lors qu’elle s’accompagne d’un confort d’Ă©vacuation. Le MSD Manuals rappelle que le rythme habituel varie d’une personne Ă  l’autre, et que c’est surtout le changement par rapport Ă  son propre transit qui constitue un indicateur utile.

La consistance est un critère aussi important que la frĂ©quence. L’Ă©chelle de Bristol (un outil visuel utilisĂ© par les mĂ©decins) classe les selles en sept types, de la plus dure Ă  la plus liquide : les types 1 et 2 (petits morceaux durs, selles en « crottes de lapin » ou agglomĂ©rĂ©es) correspondent typiquement Ă  une constipation.

Quand parler de constipation ?

On retient gĂ©nĂ©ralement la dĂ©finition suivante : moins de trois selles par semaine, ou des selles anormalement dures et difficiles Ă  Ă©vacuer, avec une sensation d’Ă©vacuation incomplète. Ă€ cela peuvent s’ajouter des efforts prolongĂ©s, la nĂ©cessitĂ© d’une manĹ“uvre digitale pour faciliter l’expulsion, ou des douleurs lors de la dĂ©fĂ©cation.

Le seuil n’est donc pas unique. Une personne habituĂ©e Ă  deux selles par jour qui passe subitement Ă  trois par semaine peut ressentir une gĂŞne importante, mĂŞme si elle reste statistiquement dans la norme.

Constipation occasionnelle ou chronique

La distinction est importante parce qu’elle conditionne la prise en charge.

La constipation occasionnelle dure de quelques jours à quelques semaines et se résout le plus souvent avec des mesures simples. Elle est fréquemment déclenchée par un changement de vie (voyage, alimentation, stress, alitement).

La constipation chronique persiste au-delĂ  de six mois. Elle toucherait environ 10 Ă  20 % des adultes selon les Ă©tudes, avec un ratio femme/homme d’environ 2 pour 1, et concerne jusqu’Ă  70 % des personnes âgĂ©es institutionnalisĂ©es (donnĂ©es rapportĂ©es par la SociĂ©tĂ© Nationale Française de Gastro-EntĂ©rologie).

Les causes de la constipation

Les causes de la constipation se divisent en deux grandes familles : les causes fonctionnelles (liées au mode de vie et au fonctionnement du transit lui-même) et les causes dites secondaires (liées à une pathologie ou à un médicament).

Une alimentation pauvre en fibres

C’est le facteur numĂ©ro un. Les fibres augmentent le volume des selles et stimulent le transit intestinal. Les recommandations cliniques convergent vers un apport quotidien de 20 Ă  40 grammes de fibres, alors que l’apport moyen observĂ© en France reste nettement en dessous. On les trouve dans les fruits, les lĂ©gumes, les cĂ©rĂ©ales complètes, les lĂ©gumineuses et les olĂ©agineux.

Une hydratation insuffisante

Sans eau, les fibres ne fonctionnent pas bien. Le cĂ´lon absorbe une partie de l’eau prĂ©sente dans le bol alimentaire, et si l’apport est trop faible, les selles deviennent dures et compactes. Viser 1,5 Ă  2 litres de liquide par jour (eau, infusions, soupes) constitue une base raisonnable.

La sédentarité

Le manque d’activitĂ© physique ralentit le pĂ©ristaltisme intestinal, c’est-Ă -dire le mouvement naturel de l’intestin qui fait progresser les selles. C’est particulièrement marquĂ© chez les personnes alitĂ©es, hospitalisĂ©es, ou qui voyagent longuement en position assise. La reprise d’une activitĂ©, mĂŞme modĂ©rĂ©e, amĂ©liore souvent le transit en quelques jours.

Les médicaments en cause

Plusieurs classes thĂ©rapeutiques figurent rĂ©gulièrement sur la liste des causes de constipation iatrogène, c’est-Ă -dire provoquĂ©e par un mĂ©dicament :

  • OpiacĂ©s : morphine, codĂ©ine, tramadol, fentanyl. La constipation est quasi systĂ©matique et persiste tant que le traitement est poursuivi.
  • AntidĂ©presseurs tricycliques et anticholinergiques.
  • Antihistaminiques de première gĂ©nĂ©ration.
  • SupplĂ©ments de fer, souvent prescrits en cas d’anĂ©mie.
  • Certains antihypertenseurs, en particulier les inhibiteurs calciques.
  • Antacides Ă  base d’aluminium.
  • Certains antiĂ©pileptiques.

Cette liste n’est pas exhaustive. En cas de constipation survenant après l’introduction d’un traitement, il peut ĂŞtre utile d’en parler Ă  son mĂ©decin plutĂ´t que d’arrĂŞter seul la prise.

La grossesse et les fluctuations hormonales

Les variations de progestĂ©rone (l’une des hormones fĂ©minines) ralentissent le transit. C’est pour ça que la constipation est frĂ©quente en fin de grossesse, mais aussi au cours du cycle menstruel chez certaines femmes. Les dĂ©sĂ©quilibres hormonaux jouent plus largement un rĂ´le dans plusieurs troubles digestifs fĂ©minins, un sujet que nous abordons en dĂ©tail dans notre article sur les reflux gastriques et hormones chez la femme.

Le stress et l’anxiĂ©tĂ©

L’axe intestin-cerveau (la connexion permanente entre le système digestif et le système nerveux) est aujourd’hui bien documentĂ©. Le stress chronique modifie la motricitĂ© digestive et peut aussi bien accĂ©lĂ©rer le transit (diarrhĂ©e) que le ralentir (constipation). Certaines personnes alternent les deux, ce qui fait parfois Ă©voquer un syndrome de l’intestin irritable.

Quand la constipation cache autre chose

Plus rarement, la constipation peut ĂŞtre le signe d’une maladie sous-jacente :

  • HypothyroĂŻdie : le ralentissement gĂ©nĂ©ral du mĂ©tabolisme inclut le transit.
  • Diabète avec atteinte neurologique des nerfs digestifs.
  • Maladie de Parkinson et autres affections neurologiques.
  • Syndrome de l’intestin irritable avec constipation prĂ©dominante (SII-C). Si vous suspectez un lien avec d’autres symptĂ´mes digestifs chroniques, notre article intestin irritable ou SIBO : comment faire la diffĂ©rence dĂ©taille les pistes diagnostiques.
  • Cancer colorectal, Ă  Ă©voquer particulièrement en cas de modification rĂ©cente et durable du transit, surtout après 50 ans ou en prĂ©sence d’antĂ©cĂ©dents familiaux.

Solutions rapides pour soulager une constipation occasionnelle

Quand la gĂŞne est installĂ©e depuis quelques jours, plusieurs leviers peuvent dĂ©bloquer la situation rapidement, sans passer d’emblĂ©e par le mĂ©dicament.

Les aliments qui aident vraiment

Certains aliments ont un effet laxatif reconnu :

  • Les pruneaux, frais ou secs. Riches en fibres et en sorbitol (un sucre-alcool peu absorbĂ© qui attire l’eau dans l’intestin), ils figurent dans toutes les recommandations hygiĂ©no-diĂ©tĂ©tiques. Deux Ă  trois pruneaux le matin, ou un petit bol de compote, suffisent souvent.
  • Le kiwi. Plusieurs essais cliniques publiĂ©s ces dernières annĂ©es ont mesurĂ© un effet modeste mais significatif sur la frĂ©quence des selles, Ă  raison de deux kiwis par jour.
  • Les graines de lin moulues, Ă  ajouter Ă  un yaourt ou Ă  un porridge. Une cuillère Ă  soupe apporte environ 3 grammes de fibres.
  • Le son d’avoine ou de blĂ©, utile pour augmenter rapidement l’apport en fibres insolubles.
  • Les fruits secs (figues, abricots), Ă  consommer avec modĂ©ration parce que riches en sucres.

Boire plus, et quelle eau boire

Boire davantage est systĂ©matiquement conseillĂ©, mĂŞme si l’effet de l’hydratation seule reste modeste si l’apport en fibres ne suit pas. Certaines eaux minĂ©rales riches en sulfate de magnĂ©sium (HĂ©par, Contrex, Courmayeur) ont un effet laxatif lĂ©ger Ă  dose suffisante. Un verre le matin Ă  jeun peut accompagner le dĂ©blocage, sans excès. L’effet est dose-dĂ©pendant, et trop en consommer peut provoquer des diarrhĂ©es.

Le massage abdominal et la position aux toilettes

Le massage abdominal dans le sens des aiguilles d’une montre, pratiquĂ© pendant 5 Ă  10 minutes, peut stimuler mĂ©caniquement le cĂ´lon. C’est une approche simple, souvent sous-estimĂ©e.

La position physiologique de dĂ©fĂ©cation correspond Ă  une flexion importante des cuisses sur le bassin. Poser les pieds sur un petit tabouret pendant qu’on est aux toilettes recrĂ©e cette position et facilite l’Ă©vacuation. Ce geste bĂŞte change souvent la donne chez les personnes qui poussent en vain.

Bouger, mĂŞme un peu

Une marche de 20 Ă  30 minutes, des Ă©tirements, quelques mouvements de yoga ciblant l’abdomen : l’activitĂ© physique relance la motricitĂ© digestive. Chez les personnes sĂ©dentaires, c’est parfois la mesure qui fait le plus de diffĂ©rence en pratique.

Les laxatifs en automédication

Quand les mesures hygiĂ©no-diĂ©tĂ©tiques ne suffisent pas, plusieurs familles de laxatifs sont disponibles sans ordonnance en pharmacie. Ils se choisissent en fonction de leur mĂ©canisme et de leur dĂ©lai d’action.

TypeMécanismeUsage
Laxatifs de lest (psyllium, son)Augmentent le volume des selles grâce Ă  des fibres qui gonflent dans l’intestinPremière intention, usage prolongĂ© possible
Laxatifs osmotiques (macrogol / PEG, lactulose)Retiennent l’eau dans l’intestinEfficaces en quelques jours, bonne tolĂ©rance sur le long cours
Laxatifs émollientsHydratent les sellesCas particuliers, selles très dures
Laxatifs stimulants (bisacodyl, séné, bourdaine)Stimulent la motricitéUsage ponctuel uniquement
Suppositoires, lavementsAction rectale localeDéblocage en urgence

Les laxatifs stimulants (notamment Ă  base de sĂ©nĂ©, bourdaine, cascara) ne doivent pas ĂŞtre utilisĂ©s au long cours. Leur usage prolongĂ© peut entretenir la constipation plutĂ´t que la traiter. Au-delĂ  de quelques jours d’utilisation sans amĂ©lioration, il est prĂ©fĂ©rable de consulter.

Les conseils de votre pharmacien restent prĂ©cieux pour ajuster la molĂ©cule Ă  votre situation, en particulier en prĂ©sence d’un traitement chronique ou d’une pathologie connue.

Quelles solutions rapides selon votre situation ?

Votre situationCe qui marche en premierEn deuxième intention
Constipation depuis 2 Ă  3 jours, sans douleurPruneaux, kiwi, graines de lin, un verre d’eau riche en magnĂ©sium, un peu de marcheLaxatif de lest (psyllium)
Après un voyage ou un changement d’alimentationRĂ©hydratation, fibres, reprise d’une activitĂ© physiqueLaxatif osmotique court terme (macrogol)
Selles présentes mais très dures et douloureuses à évacuerLaxatif émollient, massage abdominal, tabouret aux toilettesSuppositoire à la glycérine
Envie d’aller mais impossibilitĂ© de pousser efficacementPosition physiologique (tabouret), respiration abdominaleSuppositoire ou lavement, avis pharmacien
Constipation chez la femme enceinteFibres douces, hydratation, activité physique adaptéeLaxatif osmotique après avis médical

Ce tableau donne des pistes gĂ©nĂ©rales. En cas de doute, de pathologie connue ou de traitement en cours, l’avis d’un pharmacien ou d’un mĂ©decin reste la meilleure option.

Solutions durables pour un transit régulier

Soulager une crise est une chose. Éviter qu’elle ne revienne en est une autre, et ça passe par des changements installĂ©s sur plusieurs semaines.

Atteindre progressivement 20 Ă  40 g de fibres par jour

L’augmentation doit ĂŞtre progressive, sur deux Ă  trois semaines, pour laisser le temps au microbiote intestinal de s’adapter et Ă©viter les ballonnements. Quelques repères pratiques, pour se donner une idĂ©e :

AlimentPortionFibres apportées
Son de blé30 genviron 12 g
Pruneaux secs100 genviron 7 g
Lentilles cuites100 g7 g
Pain complet100 g7 g
Amandes30 g (une petite poignée)4 g
Pomme avec la peau1 fruit moyen4 g
Graines de lin moulues1 cuillère à soupeenviron 3 g
Brocolis cuits100 g3 g
Riz complet cuit100 g2 g

Mixer fibres solubles (avoine, pomme, légumineuses) et fibres insolubles (céréales complètes, légumes verts) est en général plus efficace que de miser sur une seule famille.

Instaurer un rituel d’Ă©vacuation

Le cĂ´lon prĂ©sente un pic d’activitĂ© après les repas, particulièrement après le petit-dĂ©jeuner : c’est ce qu’on appelle le rĂ©flexe gastro-colique, un rĂ©flexe naturel qui se dĂ©clenche quand l’estomac se remplit et qui incite le cĂ´lon Ă  se vider. Profiter de ce crĂ©neau, s’installer calmement 15 Ă  30 minutes après avoir mangĂ©, sans prĂ©cipitation, aide Ă  rĂ©tablir un horaire rĂ©gulier. Ă€ l’inverse, retarder ou retenir l’envie perturbe Ă  la longue les signaux de la dĂ©fĂ©cation.

Probiotiques et microbiote : ce que dit la science

Plusieurs souches probiotiques ont fait l’objet d’essais cliniques dans la constipation chronique, avec des rĂ©sultats variables selon la souche, la posologie et la durĂ©e. Les souches les mieux Ă©tudiĂ©es incluent Bifidobacterium lactis et certaines souches de Lactobacillus (deux familles de « bonnes bactĂ©ries » du microbiote intestinal). Les synthèses d’Ă©tudes disponibles rapportent un effet modeste mais rĂ©el sur la frĂ©quence et la consistance des selles. Les prĂ©biotiques (inuline, fructo-oligosaccharides, des fibres solubles qui nourrissent les bactĂ©ries bĂ©nĂ©fiques du cĂ´lon) apportent un bĂ©nĂ©fice complĂ©mentaire.

Il ne s’agit pas d’une solution miracle, mais plutĂ´t d’un appoint intĂ©ressant quand les autres mesures sont dĂ©jĂ  en place.

Gérer le stress sur la durée

Techniques de respiration, mĂ©ditation, activitĂ© physique rĂ©gulière, accompagnement psychologique si nĂ©cessaire : tout ce qui apaise l’axe intestin-cerveau tend Ă  amĂ©liorer le transit. Le lien est moins spectaculaire que dans la diarrhĂ©e de stress, mais il est documentĂ©.

Revoir un traitement avec son médecin

Si un mĂ©dicament est clairement identifiĂ© comme facteur contributif, discuter avec le prescripteur d’un ajustement de dose, d’un changement de molĂ©cule ou d’une mesure correctrice (par exemple un laxatif osmotique associĂ© systĂ©matiquement aux opioĂŻdes au long cours) fait partie des solutions durables. Ne jamais modifier un traitement de sa propre initiative.

Constipation : 5 réflexes à adopter (fibres, hydratation, activité physique, rituel, gestion du stress)

Quand consulter ? Les signaux d’alerte

La majorité des constipations se règle sans médecin. Mais certains signes méritent une consultation, parfois rapidement.

Les signes qui imposent un avis médical

Consultez sans attendre si vous observez un ou plusieurs de ces signes :

  • Sang dans les selles, rouge vif ou noir (on parle alors de mĂ©lĂ©na quand le sang est digĂ©rĂ© et rend les selles très foncĂ©es).
  • Amaigrissement inexpliquĂ© associĂ© Ă  la constipation.
  • Douleurs abdominales importantes ou persistantes, surtout si elles s’accompagnent de vomissements ou d’un arrĂŞt des gaz.
  • Fièvre accompagnant les troubles digestifs.
  • AnĂ©mie ou fatigue inhabituelle associĂ©e.
  • Modification rĂ©cente et durable du transit chez une personne de plus de 50 ans, ou avec des antĂ©cĂ©dents familiaux de cancer colorectal ou de polypes.
  • Constipation aiguĂ« d’apparition brutale, surtout chez une personne âgĂ©e.

Ces Ă©lĂ©ments justifient un avis mĂ©dical sans attendre, parce qu’ils peuvent rĂ©vĂ©ler une pathologie organique (dont un cancer colorectal) qui impose un diagnostic prĂ©cis.

Constipation chronique : quels examens ?

Pour une constipation installée depuis plus de six mois et résistante aux mesures habituelles, le médecin peut proposer :

  • Un bilan biologique (numĂ©ration, ionogramme, calcĂ©mie, TSH pour la thyroĂŻde, glycĂ©mie).
  • Une coloscopie, particulièrement en cas de signes d’alarme ou en l’absence d’examen rĂ©cent.
  • Une manomĂ©trie ano-rectale (un examen qui mesure la pression dans l’anus et le rectum pour vĂ©rifier que les muscles fonctionnent correctement) ou un temps de transit colique (un test qui mesure la vitesse de passage des selles dans le cĂ´lon) en cas de suspicion de trouble de la dĂ©fĂ©cation (on parle alors de dyssynergie, quand les muscles ne se relâchent pas au bon moment) ou de ralentissement sĂ©vère du transit.
  • Une dĂ©fĂ©cographie (un examen radiologique qui observe le rectum pendant l’Ă©vacuation) dans certains cas.

Ces examens permettent de distinguer une constipation de transit, une constipation d’Ă©vacuation, ou une constipation secondaire Ă  une pathologie identifiable.

La constipation selon les profils

Chez la femme

Plusieurs facteurs expliquent que la constipation touche plus souvent les femmes :

  • Les variations hormonales du cycle menstruel, avec une tendance au ralentissement du transit en phase lutĂ©ale (la deuxième moitiĂ© du cycle, juste avant les règles).
  • La grossesse, particulièrement au troisième trimestre, sous l’effet combinĂ© de la progestĂ©rone et de la compression mĂ©canique de l’intestin par l’utĂ©rus.
  • La pĂ©rimĂ©nopause et la mĂ©nopause, avec des modifications hormonales plus durables.

Pour aller plus loin sur les interactions entre hormones et système digestif, notre article dédié aux reflux gastriques et hormones apporte un éclairage complémentaire.

Chez la personne âgée

C’est un terrain particulièrement touchĂ© : jusqu’Ă  70 % des personnes âgĂ©es vivant en institution selon les donnĂ©es de la SNFGE. Plusieurs raisons convergent :

  • Perte progressive de la sensation d’envie d’aller Ă  la selle avec l’âge.
  • PolymĂ©dication (diurĂ©tiques, antalgiques, psychotropes).
  • Diminution de l’activitĂ© physique.
  • Diminution des apports alimentaires et hydriques.
  • Dilatation progressive du rectum (on parle de mĂ©garectum, c’est-Ă -dire un rectum devenu anormalement large, qui perd en sensibilitĂ©) favorisant les fĂ©calomes.

Chez la personne âgée, les laxatifs osmotiques (macrogol) sont généralement préférés aux stimulants, et la vigilance vis-à-vis des fécalomes (masse de selles durcies bloquée dans le rectum) est importante.

Constipation et hémorroïdes

Les efforts de poussĂ©e rĂ©pĂ©tĂ©s favorisent l’apparition et la rĂ©cidive des hĂ©morroĂŻdes. Ă€ l’inverse, les hĂ©morroĂŻdes douloureuses peuvent entraĂ®ner une rĂ©tention volontaire des selles, qui aggrave la constipation. Le cercle vicieux est classique. Traiter l’un sans l’autre, c’est rater la cible.

Constipation et syndrome de l’intestin irritable

Le syndrome de l’intestin irritable avec constipation prĂ©dominante (SII-C) mĂŞle douleurs abdominales, ballonnements et troubles du transit. Le diagnostic repose sur les critères de Rome IV (une classification mĂ©dicale internationale des troubles digestifs fonctionnels) et exige d’abord d’Ă©liminer les causes organiques, c’est-Ă -dire les maladies bien identifiables. La prise en charge associe conseils diĂ©tĂ©tiques (parfois un rĂ©gime pauvre en FODMAP, un groupe de sucres fermentescibles prĂ©sents dans certains aliments, sur une pĂ©riode limitĂ©e), probiotiques et gestion du stress. Le dĂ©tail est abordĂ© dans notre guide intestin irritable ou SIBO : comment faire la diffĂ©rence.

FAQ : Constipation, vos questions fréquentes

Combien de jours sans aller Ă  la selle est-ce dangereux ?

Ne pas aller Ă  la selle pendant trois Ă  cinq jours reste gĂ©nĂ©ralement sans gravitĂ© chez un adulte en bonne santĂ©, surtout si l’absence s’installe progressivement et sans symptĂ´me associĂ©. Au-delĂ  d’une semaine, ou dès qu’apparaissent des douleurs abdominales importantes, des vomissements, un arrĂŞt des gaz ou des saignements, il est raisonnable de consulter sans attendre.

Que manger pour aller Ă  la selle rapidement ?

Les aliments les plus efficaces Ă  court terme combinent fibres et effet laxatif naturel : pruneaux, kiwis, graines de lin moulues, fruits secs, son d’avoine. Un verre d’eau riche en magnĂ©sium le matin Ă  jeun peut renforcer l’effet. Les effets se font gĂ©nĂ©ralement sentir en 12 Ă  24 heures. Éviter Ă  l’inverse les aliments connus pour constiper (riz blanc, banane peu mĂ»re, chocolat en grande quantitĂ©) pendant l’Ă©pisode.

Quel est le meilleur laxatif naturel ?

Il n’existe pas de meilleur laxatif unique. Les pruneaux, le psyllium (ispaghul) et les eaux riches en magnĂ©sium figurent parmi les options naturelles les plus Ă©tayĂ©es par les sociĂ©tĂ©s savantes. Le psyllium, en particulier, est un laxatif de lest naturel, bien tolĂ©rĂ©, utilisable sur le long cours. Il doit ĂŞtre pris avec un grand verre d’eau.

Peut-on être constipé à cause du stress ?

Oui. L’axe intestin-cerveau relie Ă©troitement l’Ă©tat Ă©motionnel et la motricitĂ© digestive. Le stress chronique, l’anxiĂ©tĂ©, les changements de rythme de vie peuvent ralentir le transit chez certaines personnes, et Ă  l’inverse l’accĂ©lĂ©rer chez d’autres. Si le stress est le facteur dominant, agir dessus (relaxation, activitĂ© physique, accompagnement psychologique) amĂ©liore souvent la constipation.

Qu’est-ce qui peut bloquer les selles ?

Plusieurs mĂ©canismes peuvent bloquer l’Ă©vacuation des selles : un ralentissement du transit (cĂ´lon paresseux, mĂ©dicaments, hypothyroĂŻdie), un trouble de l’Ă©vacuation rectale (comme une dyssynergie oĂą les muscles ne se relâchent pas au bon moment, une rectocèle qui est une petite poche dans la paroi du rectum, ou un anisme qui empĂŞche le sphincter de l’anus de se dĂ©tendre), une obstruction mĂ©canique (fĂ©calome, tumeur, stĂ©nose) ou une pathologie neurologique. Une constipation aiguĂ« d’apparition brutale, avec arrĂŞt total des gaz et vomissements, impose un avis mĂ©dical en urgence.

Quels aliments éviter en cas de constipation ?

Certains aliments ralentissent le transit et gagnent Ă  ĂŞtre limitĂ©s pendant un Ă©pisode : riz blanc, pâtes blanches, pain blanc, bananes peu mĂ»res, chocolat noir en grande quantitĂ©, viandes rouges, fromages Ă  pâte dure. L’alcool et les boissons très sucrĂ©es ne sont pas recommandĂ©s, notamment parce qu’ils aggravent la dĂ©shydratation. L’idĂ©e n’est pas de bannir dĂ©finitivement ces aliments, mais de rééquilibrer l’assiette en faveur des fruits, lĂ©gumes et cĂ©rĂ©ales complètes sur la durĂ©e.

En résumé

La constipation, occasionnelle ou chronique, se règle le plus souvent avec des ajustements simples : davantage de fibres, une meilleure hydratation, un peu d’activitĂ© physique et un rituel d’Ă©vacuation respectĂ©. Quand elle s’installe ou s’accompagne de signes d’alerte, elle justifie un avis mĂ©dical. Le bon rĂ©flexe reste de ne jamais ignorer une modification durable du transit, surtout après 50 ans, et de se mĂ©fier de l’automĂ©dication prolongĂ©e, particulièrement des laxatifs stimulants.

Avertissement

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis mĂ©dical personnalisĂ©. En cas de symptĂ´mes persistants, de doute ou de signes d’alerte, consultez un mĂ©decin ou un pharmacien.

À consulter également

Vous devriez également aimer