Huile d’olive et hémorroïdes : bienfaits, limites et bon usage

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L’huile d’olive est une vieille alliée de nos cuisines, et depuis très longtemps on lui prête aussi des vertus apaisantes pour les hémorroïdes. Riche en acides gras et en polyphénols, elle peut effectivement aider à soulager certaines gênes. Mais attention, ce n’est pas un médicament, et elle ne fait pas partie des traitements officiellement recommandés par l’Assurance Maladie ou Vidal. Dans cet article, on fait le tri : ce qui est utile, ce qu’il faut absolument éviter, et les vrais signaux qui doivent vous pousser à consulter un médecin.

Avertissement. Cet article est informatif. Les hémorroïdes peuvent ressembler, dans leurs symptômes (saignements, douleurs, démangeaisons), à d’autres affections plus sérieuses du rectum ou du côlon. Tout saignement anal qui persiste, toute douleur intense ou toute boule qui ne disparaît pas doit faire l’objet d’un avis médical. L’huile d’olive ne remplace en aucun cas une consultation ni un traitement prescrit.

Hémorroïdes : de quoi parle-t-on, en clair ?

Les hémorroïdes sont en réalité des veines présentes naturellement dans la paroi de l’anus et du bas du rectum. Tout le monde en a. On parle de maladie hémorroïdaire quand ces veines se dilatent, gonflent et provoquent des symptômes : sensation de boule, démangeaisons, brûlures, parfois petits saignements rouge vif sur le papier ou dans la cuvette.

On distingue deux formes :

  • Hémorroïdes internes : situées à l’intérieur du canal anal, elles passent souvent inaperçues et se signalent surtout par un saignement.
  • Hémorroïdes externes : sous la peau, autour de l’anus, plus douloureuses et visibles, surtout en cas de thrombose (formation d’un petit caillot dans la veine).

Pour un panorama complet (causes, stades, traitements médicaux, prévention durable), on a publié un guide dédié : Hémorroïdes : traitement et prévention, le guide complet. Le présent article se concentre sur une question précise : que peut-on vraiment attendre de l’huile d’olive ?

Pourquoi l’huile d’olive intéresse pour les hémorroïdes

L’oléocanthal, un anti-inflammatoire naturel

L’huile d’olive vierge extra contient un composé appelé oléocanthal. Il s’agit d’un polyphénol, c’est-à-dire une molécule végétale aux propriétés antioxydantes. Plusieurs travaux scientifiques ont montré que l’oléocanthal agit en laboratoire de façon similaire à un anti-inflammatoire faible. Ce qui explique la sensation d’apaisement parfois rapportée par les personnes qui appliquent de l’huile d’olive sur une zone irritée.

Pour aller plus loin sur cette molécule un peu particulière, voir notre article L’oléocanthal de l’huile d’olive : un antioxydant puissant.

Un effet émollient sur la muqueuse anale

Émollient, ça veut simplement dire qui assouplit et qui adoucit. L’huile d’olive forme une fine pellicule grasse qui peut limiter les frottements pendant l’exonération (le passage des selles), et donc la sensation de brûlure. Cet effet mécanique est concret, même s’il reste superficiel.

Ce que disent (et ne disent pas) les autorités de santé

Soyons clairs. Dans les recommandations officielles sur la prise en charge des hémorroïdes, qu’il s’agisse de l’Assurance Maladie (Ameli), de Vidal ou du Manuel MSD, l’huile d’olive n’apparaît pas comme un traitement validé. Les traitements de référence en première intention restent les mesures d’hygiène (apport en fibres, hydratation, lutte contre la constipation), les antalgiques par voie orale, certaines crèmes ou suppositoires délivrés en pharmacie, et la phytothérapie validée (hamamélis, marronnier d’Inde).

L’huile d’olive doit donc être considérée comme un remède traditionnel d’appoint, utile pour la prévention via l’alimentation et pour soulager temporairement, mais pas comme un traitement curatif.

Comment utiliser l’huile d’olive en pratique

Par voie alimentaire (la voie la plus utile)

C’est souvent oublié, et pourtant c’est sans doute le meilleur usage de l’huile d’olive contre les hémorroïdes : la prévention par l’assiette. Une à deux cuillères à soupe d’huile d’olive vierge extra par jour, intégrées à des plats simples (salade, légumes vapeur, tartine), apportent à la fois des bons gras et un effet lubrifiant doux sur le transit. Or la constipation est le tout premier facteur favorisant les crises hémorroïdaires.

Si vous souffrez d’un transit difficile, voyez aussi notre article Constipation chronique : quand s’inquiéter.

En application locale externe

Sur une hémorroïde externe qui pique ou qui gratte, on peut imbiber un coton ou une compresse propre d’un peu d’huile d’olive vierge extra (de bonne qualité, idéalement bio) et la tamponner doucement après la toilette. Pas de frottement. Le but est uniquement d’apaiser, et l’effet est ressenti dans les minutes qui suivent, parfois plus tard. À répéter deux à trois fois par jour si besoin.

Et une règle simple : si la zone saigne franchement, si la douleur est forte, ou si une boule très dure apparaît brutalement, on arrête le remède maison et on consulte.

Tableau récapitulatif des usages

Mode d’usageQuantitéFréquenceÀ retenir
Voie alimentaire1 à 2 c. à soupe / jourQuotidien, en cure longuePrévention, agit sur le transit
Compresse externeQuelques gouttes sur coton2 à 3 fois / jour, après toiletteApaisement temporaire seulement
Mélange émollient maison (huile d’olive + un peu de gel d’aloe vera)Mélange à parts égalesSelon besoinSur peau saine uniquement, jamais sur plaie ouverte
Huile d'olive pour soulager les hémorroïdes

Ce qu’il ne faut surtout pas faire

Plusieurs recettes circulent sur internet et peuvent franchement aggraver les choses. Voici les pratiques à proscrire.

  • Suppositoires d’ail mélangé à de l’huile d’olive : l’ail cru contient des composés soufrés très irritants pour les muqueuses. Introduit dans l’anus, il peut provoquer des brûlures chimiques sérieuses. À éviter absolument.
  • Huiles essentielles pures sur la zone anale. Trop concentrées, elles brûlent. Si vraiment vous voulez utiliser une HE (hélichryse, ciste, menthe poivrée), elle doit toujours être diluée à 1 % maximum dans une huile végétale, et idéalement après avis d’un professionnel.
  • Vinaigre pur en application directe : son acidité agresse la muqueuse déjà inflammée et peut entretenir l’irritation au lieu de la calmer.
  • Eau très chaude en bain de siège : la chaleur dilate les veines, c’est l’inverse de l’effet recherché. Préférez l’eau tiède, voire un peu fraîche.

Autres approches naturelles : tableau comparatif

L’huile d’olive n’est pas seule sur le créneau du naturel. Voici comment elle se situe par rapport aux autres options souvent évoquées.

Remède naturelStatut officiel (Vidal, Ameli)Niveau de preuveUsage
Huile d’oliveNon recommandée comme traitementFaible (effet anti-inflammatoire de l’oléocanthal montré in vitro)Voie alimentaire et application externe douce
HamamélisCitée par Vidal en phytothérapieModéré, effet vasoconstricteur reconnuCrèmes, suppositoires, voie orale
Marronnier d’IndeCité par Vidal en phytothérapieModéré, action veinotoniqueCures par voie orale
Huile de cocoNon recommandéeTrès faible, usage traditionnelApplication locale émolliente
Argile verteNon recommandéeTrès faibleCataplasme externe

Pour creuser ce volet végétal, vous pouvez consulter notre Top 5 des plantes contre une crise d’hémorroïdes et notre dossier Anti-inflammatoires naturels.

Quand l’huile d’olive ne suffit pas : consulter

L’huile d’olive peut soulager une gêne ponctuelle, point. Elle ne remplace pas un avis médical. Voici les signaux d’alerte qui doivent vous conduire chez le médecin traitant, ou directement chez un proctologue :

  • saignements rectaux répétés ou abondants,
  • douleur intense qui ne cède pas, surtout en cas de thrombose hémorroïdaire (boule très dure et bleutée),
  • épisodes qui reviennent toutes les semaines ou tous les mois,
  • modifications du transit qui s’installent (sang dans les selles, diarrhée ou constipation nouvelles, perte de poids),
  • âge supérieur à 50 ans avec premier épisode hémorragique : un examen est systématiquement nécessaire pour écarter une autre cause.

Le saignement anal n’est jamais à banaliser. Dans la grande majorité des cas, il vient bien d’hémorroïdes. Mais c’est aussi un symptôme partagé par d’autres pathologies du rectum et du côlon. Mieux vaut un examen rassurant qu’un doute qui traîne.

Questions fréquentes

L’huile d’olive guérit-elle vraiment les hémorroïdes ?

Non. L’huile d’olive n’est pas un traitement reconnu par l’Assurance Maladie ni par les recommandations de Vidal. Elle peut aider à soulager temporairement et à prévenir les crises via une meilleure régularité du transit, rien de plus. Une vraie crise douloureuse ou des saignements répétés justifient une consultation.

Combien de temps avant de ressentir un effet ?

En application locale, l’apaisement est ressenti dans la demi-heure qui suit, parfois plus rapidement. Pour la voie alimentaire, l’effet sur le transit s’installe sur quelques jours, en cure régulière, à condition d’augmenter aussi les fibres et l’eau.

Peut-on appliquer de l’huile d’olive sur une hémorroïde qui saigne ?

Mieux vaut s’abstenir. Un saignement, même léger, mérite d’être vérifié, et l’application locale d’huile sur une muqueuse fissurée n’apporte rien de spécifique. Consultez d’abord, vous reprendrez l’huile d’olive ensuite si besoin et avec l’accord de votre médecin.

Quelle huile d’olive choisir ?

Une huile d’olive vierge extra, première pression à froid, idéalement issue de l’agriculture biologique. Plus le taux de polyphénols est élevé (et notamment d’oléocanthal), plus l’huile pique légèrement en gorge, c’est bon signe. À conserver à l’abri de la lumière et de la chaleur, dans une bouteille opaque.

Huile d’olive ou hamamélis : laquelle est plus efficace ?

Sur le plan strictement médical, l’hamamélis a un niveau de preuve plus solide pour les hémorroïdes, c’est même la seule plante explicitement citée par Vidal pour cet usage. L’huile d’olive reste plus polyvalente (cuisine, peau, transit) mais avec un effet ciblé hémorroïdes moins documenté. Les deux peuvent être utilisées en complément, pas en remplacement d’un traitement médical si la crise est marquée.

Rappel important. Les conseils donnés dans cet article ne se substituent pas à un avis médical. L’huile d’olive est un soutien d’appoint, pas un traitement. En cas de doute, de saignement, de douleur qui dure ou de symptômes qui s’aggravent, consultez votre médecin traitant ou un proctologue. Pour le panorama complet des traitements, voir notre guide hémorroïdes.

Sources

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